Sélectionner une page
Douleur abdominale : gauche, droite, cause, traitement

Douleur abdominale : gauche, droite, cause, traitement

Les douleurs abdominales, que ce soit du côté gauche ou du côté droit concernent une grande partie de la population : environ 2 à 4 adultes sur 10 et 1 à 2 enfants sur 10 sont fréquemment affectés par des douleurs abdominales. Une douleur abdominale peut notamment être caractérisée par son caractère récurrent (on parle alors de douleur abdominale chronique) ou ponctuel (on parle alors de douleur abdominale aiguë). Quels sont les symptômes d’alerte ? Les différentes causes ? Qui et quand consulter ? Quels sont les meilleurs traitements ? Explications des symptômes et des solutions. 

Qu’est-ce qu’une douleur abdominale aiguë ?

Une douleur abdominale aiguë et sévère est presque toujours le symptôme d’une maladie intra-abdominale. Elle peut être le seul signe de la nécessité d’une intervention chirurgicale et doit être rapidement prise en charge. Dans certains cas, elle peut aussi révéler une affection rénale, gynécologique, cardiaque, vasculaire, thoracique, et parfois métabolique. Les signes cliniques associés (fièvre, saignements, diarrhée, constipation, vomissements…) et les examens biologiques simples, la radiologie de l’abdomen sans préparation, l’échographie ou le scanner abdominale permettent d’orienter le diagnostic.

Schéma de l'abdomen
Schéma de l’abdomen © normaals – 123RF

Qu’est-ce qu’une douleur abdominale chronique ?

Une douleur abdominale chronique est définie par une douleur persistante pendant plus de 3 mois, de façon continue ou intermittente. Une douleur intermittente peut être assimilée à une douleur abdominale récurrente. Elle peut survenir à tout moment après l’âge de 5 ans. Jusqu’à 10% des enfants nécessitent un bilan pour une douleur abdominale récurrente et environ 2% des adultes, majoritairement des femmes, ont une douleur abdominale chronique. Un plus grand pourcentage d’adultes présente certains symptômes gastro-intestinaux chroniques, comme une dyspepsie et différents troubles intestinaux.

Qu’est-ce qu’une douleur abdominale après le repas ?

Une douleur après les repas signe le plus souvent un problème de digestion au niveau de l’estomac, du pancréas, de la vésicule biliaire ou des intestins. Une sensation de pesanteur ou de ballonnement accompagnée d’éructations, ou de douleur au-dessus de l’ombilic peut être en lien avec une dyspepsie (reflux gastro-œsophagien, ulcère estomac…). Au contraire, une douleur vive et transfixiante de la partie haute du ventre ou à droite peut être en lien avec une pathologie du pancréas ou de la vésicule biliaire. Des ballonnements, des gonflements, de la diarrhée ou de la constipation associés à une douleur en bas du ventre sont plutôt le signe d’un problème intestinal.

Douleur abdominale à droite : le signe de quoi ?

Une douleur abdominale à droite est le signe d’un problème au foie ou à la vésicule biliaire. L’appendicite se traduit par une douleur abdominale au niveau de la partie inférieure droite de l’abdomen (la fosse iliaque droite).

Douleur abdominale à gauche : le signe de quoi ?

Une douleur abdominale à gauche est le signe d’un problème à l’estomac, au duodénum ou au pancréas. 

Quels sont les symptômes d’une douleur abdominale ?

Les symptômes varient en fonction de la cause et de la localisation (à gauche ou à droite, accompagnée d’autres symptômes…). La douleur abdominale se caractérise par :

  • Sensation de douleur d’une partie ou de tout le ventre,
  • Crampes ou de brûlures
  • Une fièvre
  • Des nausées et des vomissements
  • Une aérophagie
  • Une miction difficile.

« Les douleurs abdominales sont très fréquentes car elles sont le symptôme de diverses pathologies de l’ensemble de l’abdomen. Ne laissez pas traîner une douleur abdominale et n’hésitez pas à consulter votre médecin traitant si elle persiste ou les urgences si elle est insupportable« , conseille le Dr Claire Lewandowski, médecin spécialisée en médecine générale, addictologie et psychiatrie.

Douleur abdominale et urine foncée : que faire ?

Des urines foncées signent le plus souvent la présence de sang. Lorsqu’elles sont associées à une douleur abdominale vive à la miction, elles sont le signe de coliques néphrétiques, c’est-à-dire une obstruction des voies urinaires. Elles se manifestent par une douleur aiguë ressentie de manière soudaine dans la région lombaire, et elle est due à une brusque augmentation de la pression de l’urine qui ne peut plus s’écouler. Des examens complémentaires sont nécessaires pour confirmer le diagnostic comme une échographie et un traitement antalgique soit être débuté sans tarder.

Douleur abdominale et diarrhée : que faire ?

En cas de douleurs abdominales aiguës associées à une diarrhée – c’est à dire au moins 3 selles molles ou liquides par jour, pendant moins de 14 jours (habituellement, seulement quelques jours) et qui disparaissent spontanément – une infection virale ou bactérienne est le plus souvent en cause. En revanche, si les douleurs et la diarrhée deviennent chroniques, c’est à dire qu’elles durent plus de 4 semaines, elles peuvent être causées par un trouble inflammatoire de l’intestin comme la colite ulcéreuse ou la maladie de Crohn.

Douleur abdominale et fièvre : que faire ?

Lorsque la fièvre accompagne la douleur abdominale, c’est qu’il peut s’agir d’une infection. Dans la plupart des cas il s’agit d’une gastro-entérite d’origine virale ou bactérienne. Cependant, en fonction des antécédents médicaux et chirurgicaux, des examens complémentaires (prise de sang, échographie, scanner…) et des symptômes, il peut aussi s’agir d’une atteinte hépatobiliaire, d’une pancréatite, d’une perforation ou d’une inflammation intestinale comme une maladie de Crohn, un abcès, une obstruction, une ischémie intestinale ou une diverticulite. D’autres affections gynécologiques comme la salpingite, la grossesse extra-utérine, la torsion ou la rupture d’un kyste de l’ovaire peuvent aussi être en cause. Dans tous les cas, une prise en charge médicale rapide d’impose pour faire le diagnostic et parfois procéder à une intervention chirurgicale en urgence.

Quelles sont les causes d’une douleur abdominale ?

Les causes des douleurs abdominales sont très nombreuses. Ce sont l’examen clinique du médecin, les symptômes associés et les examens complémentaires qui permettent de faire le diagnostic et de proposer une prise en charge adaptée. Une douleur abdominale peut révéler :

  • Une constipation
  • Une infection gastro-intestinale (gastro-entérite…)
  • Un reflux gastrique
  • Une gastrite
  • Un ulcère
  • Un étranglement de l’intestin en cas d’hernie
  • Une inflammation du pancréas ou du foie
  • Une appendicite
  • Une occlusion intestinale
  • Une péritonite
  • Un calcul rénal ou biliaire
  • Une cystite
  • Un infarctus du myocarde (beaucoup plus rare et surtout chez les personnes âgées).
  • Des règles douloureuses
  • Un kyste à l’ovaire
  • Une grossesse extra-utérine
  • Enfin, de nombreuses personnes souffrent régulièrement de maux de ventre sans cause connue. On parle alors de troubles fonctionnels intestinaux ou de « colopathie » en lien avec le stress ou un état dépressif masqué.

Quels sont les traitements d’une douleur abdominale ?

Le traitement des douleurs abdominales repose essentiellement sur le traitement de leur cause. Pour cette raison, il est toujours préférable de consulter un médecin en cas de maux de ventre d’origine inconnue. Lorsque les douleurs sont dues à des spasmes douloureux du tube digestif dont on soupçonne l’origine (diarrhée, excès alimentaire, colopathie, nervosité, anxiété…), il est possible de les soulager à l’aide de médicaments antispasmodiques sur prescription médicale. Dans certains cas, le traitement peut nécessiter une adaptation du régime alimentaire. La chirurgie est parfois le seul remède permettant de traiter la cause et de soulager les symptômes.

Quand consulter en cas de douleur abdominale ?

Les douleurs abdominales violentes qui surviennent sans raison apparente nécessite de consulter un service d’urgences pour effectuer un examen clinique et un bilan comprenant le plus souvent une prise de sang, une échographie abdominale et parfois un scanner. La présence de fièvre ou de sang dans les urines doit aussi faire consulter rapidement.


Source : JDF Santé

Trouble de la personnalité schizotypique : test, symptômes

Trouble de la personnalité schizotypique : test, symptômes

Définition : qu’est-ce qu’un trouble de la personnalité schizotypique ?

« Le trouble de la personnalité schizotypique est un trouble de la personnalité caractérisé par des pensées et des comportements bizarres ou étranges« , explique Guillaume Fond, psychiatre, enseignant à la faculté d’Aix-Marseille, chercheur, conférencier et auteur. Le trouble schizotypique est en outre caractérisé par une grande difficulté, une gêne et une capacité réduite à établir et maintenir des relations interpersonnelles.

Quels sont les symptômes d’un trouble de la personnalité schizotypique ?

« Les symptômes incluent des idées délirantes, des hallucinations, des croyances magiques, des comportements sociaux ou émotionnels inhabituels, et une réflexion déformée« , précise Guillaume Fond. Il ajoute : « Il est important de noter que les personnes atteintes de ce trouble peuvent avoir des difficultés à maintenir des relations sociales et professionnelles en raison de leur comportement étrange et inhabituel« . Selon la CIM-11 – la classification internationale des maladies établie par l’OMS, « les symptômes peuvent inclure un affect étouffé ou inapproprié et une anhédonie. Des idées paranoïaques, des idées de référence ou d’autres symptômes psychotiques, y compris des hallucinations de n’importe quelle modalité, peuvent survenir, mais ne sont pas d’une intensité ou d’une durée suffisante pour satisfaire les critères de diagnostic de la schizophrénie, du trouble schizoaffectif ou du trouble délirant. Les symptômes entraînent une détresse ou une déficience dans les domaines personnel, familial, social, scolaire, professionnel ou d’autres domaines de fonctionnement importants« .

Quelle est la cause d’un trouble de la personnalité schizotypique ?

« Les causes de ce trouble sont encore mal comprises, mais il est généralement considéré comme étant lié à une combinaison de facteurs génétiques et environnementaux« , note le spécialiste. Quant aux chiffres, il est là encore difficile d’établir une prévalence de la maladie en France : « selon les études, elle varie de 0,7% à 4% de la population générale. Il est difficile de comparer les études car elles utilisent des critères diagnostiques différents et ont des tailles d’échantillon variables » détaille le psychiatre. 

A quel âge survient le trouble de la personnalité schizotypique ?

Les symptômes du trouble de la personnalité schizotypique débutent en général à la fin de l’adolescence ou au début de l’âge adulte.

Est-il dans le DSM 5 ?

Le trouble de la personnalité schizotypique figure dans le DSM 5, cinquième et actuellement dernière version du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux et des troubles psychiatriques de l’association américaine de psychiatrie. Il y est défini comme un  « modèle de déficits sociaux et interpersonnels marqués par un malaise et une faible capacité d’avoir des relations proches, ainsi que par des distorsions et des excentricités de comportements cognitifs ou perceptuels, à partir de l’âge adulte, et qui sont présents dans une variété de contextes« .

Quelle est l’évolution d’un trouble de la personnalité schizotypique ?

« Le trouble évolue le plus souvent de manière stable à travers la vie adulte« , précise Guillaume Fond. Toutefois, une faible proportion de cas évoluera vers une schizophrénie ou un autre trouble psychotique.

Comment pose-t-on le diagnostic d’un trouble de la personnalité schizotypique ?

Le diagnostic repose sur des critères cliniques :

  • des idées de référence – sentiment selon lequel des éléments de l’environnement de la personne portent une signification particulière la concernant. Ex : un sujet du journal TV lui est particulièrement adressé
  • une pensée magique – s’attribuer la capacité de provoquer ou empêcher les événements, accomplir des désirs, sans autre intervention que la pensée
  • une altération des perceptions (perceptions étranges)
  • un langage caractérisé par une syntaxe inhabituelle
  • un sentiment de persécution
  • une mauvaise adaptation dans les situations sociales
  • un maniérisme inhabituel (manque de naturel)
  • des comportements excentriques
  • peu d’amis proches
  • une anxiété lors des interactions sociales

Le patient doit présenter au moins 5 de ces critères, durant plusieurs années, pour que le diagnostic soit probant.

Quel est le traitement d’un trouble de la personnalité schizotypique ?

« La prise en charge du trouble de la personnalité schizotypique peut inclure des thérapies cognitivo-comportementales et/ou des médicaments pour traiter les symptômes concomitants  – des antipsychotiques et antidépresseurs notamment« , explique Guillaume Fond. Une psychothérapie peut également être un soutien pour le patient.

Merci à Guillaume Fond, psychiatre, enseignant à la faculté d’Aix-Marseille, chercheur, conférencier et auteur.


Source : JDF Santé

Avortement (IVG) : en France, délai en 2023, comment ?

Avortement (IVG) : en France, délai en 2023, comment ?

En France, une femme enceinte ne souhaitant pas poursuivre une grossesse peut en demander l’interruption par l’absorption d’un médicament (IVG médicamenteuse) ou par aspiration (IVG chirurgicale). Le droit à l’avortement en France est inscrit dans la loi française mais pas dans la Constitution. Quelles sont les méthodes abortives en France ? Comment se passe une IVG ? Une IVG médicamenteuse ou chirurgicale ? Quelles sont les conditions pour envisager une IVG ? Qui peut y avoir recours ? Les femmes majeures ? Mineures ? Quel est le délai légal ? Quels sont les risques d’échec ? Réponses. 

Définition : c’est quoi une IVG ?

Une IVG est l’acronyme d’Interruption Volontaire de Grossesse. L’IVG est un acte médical, volontaire et légal, qui correspond au fait de vouloir interrompre une grossesse, pour des raisons qui sont personnelles et propres à chaque patiente. Il s’agit d’un acte médicamenteux ou chirurgical visant à l’expulsion volontaire hors de l’utérus de l’embryon ou du fœtus, ce qui entraîne la mort de ce dernier. Il existe 2 méthodes d’IVG, qui dépend du choix de la patiente et de son terme de grossesse :

► L’IVG chirurgicale (instrumentale ou pas aspiration) est pratiquée obligatoirement en établissement de santé (hôpital ou clinique). Sous certaines conditions, elle peut avoir lieu dans un centre de santé de santé autorisé ayant établi une convention de coopération avec un établissement de santé.

► L’IVG médicamenteuse est pratiquée en établissement de santé (hôpital ou clinique), en cabinet de ville, en centre de planification ou en centre de santé.

Que dit la loi en France sur l’IVG ?

La loi Veil du 17 janvier 1975 a légalisé temporairement l’interruption volontaire de grossesse pour les femmes. Elle a été reconduite en 1979, puis définitivement légalisée le 1er janvier 1980, remboursée par la Sécurité sociale à 70 % depuis la loi du 31 décembre 1982 (loi Roudy). Selon le Code la Santé Publique, la femme enceinte qui ne veut pas poursuivre une grossesse peut demander à un médecin ou à une sage-femme l’interruption de sa grossesse. Cette interruption ne peut être pratiquée qu’avant la fin de la douzième semaine de grossesse. L’interruption volontaire d’une grossesse ne peut être pratiquée que par un médecin ou, pour les seuls cas où elle est réalisée par voie médicamenteuse, par une sage-femme. Le médecin ou la sage-femme sollicité par une femme en vue de l’interruption de sa grossesse doit, dès la première visite, informer celle-ci des méthodes médicales et chirurgicales d’interruption de grossesse et des risques et des effets secondaires potentiels.

Le droit à l’avortement est-il inscrit dans la Constitution française ?

La Constitution du 4 octobre 1958, texte fondateur de la Ve République, a été adoptée par référendum le 28 septembre 1958. Elle est le quinzième texte fondamental de la France depuis la Révolution française. La Constitution rassemble un ensemble de textes qualifié par la doctrine de « bloc de constitutionnalité ». Le droit à l’avortement en France est inscrit dans la loi française mais pas dans la ConstitutionAurore Bergé, cheffe des députés LREM, a déposé le 25 juin une proposition de loi pour faire inscrire le droit à l’IVG dans la Constitution. Cette proposition est soutenue par l’alliance gauche Nupes. Invité de RTL le 27 juin, l’ex-ministre de la Santé Brigitte Bourguignon avait confirmé être favorable à l’inscription du droit à l’avortement dans la Constitution française. Le 19 octobre, le Sénat n’a pas adopté, en première lecture, la proposition de loi constitutionnelle visant à protéger et à garantir le droit fondamental à l’interruption volontaire de grossesse et à la contraception en France. La commission des lois a estimé que l’inscription d’un droit constitutionnel à l’avortement et à la contraception « n’était pas justifiée par la situation rencontrée en France ». Cette proposition de loi avait été déposée par Mélanie Vogel et plusieurs de ses collègues suite à la remise en cause du droit à l’avortement aux États-Unis.  La Cour suprême des États-Unis a révoqué le 24 juin 2022 le droit à l’avortement, autorisé depuis 1973 par l’arrêté Roe vs Wade. Depuis cette date, chaque Etat américain est libre d’autoriser ou d’interdire l’IVG, comme c’était le cas avant 1973.

La loi du 2 mars 2022 a allongé le délai légal de l’IVG (chirurgical) en France : il est désormais de 14 semaines de grossesse soit 16 semaines d’aménorrhées, contre 12 semaines de grossesse avant. 

► L’IVG par aspiration (ou chirurgicale) peut être pratiquée jusqu’à la fin de la 14e semaine de grossesse, soit 16 semaines après le début des dernières règles. Les semaines d’aménorrhées comptabilisent le nombre de semaines sans menstruations, donc depuis le jour de début des dernières règles. 

► L’IVG médicamenteuse en cabinet médical est habituellement possible jusqu’à la fin de la 7e semaine de grossesse, soit 9 semaines après le début des dernières règles. Il était avant l’épidémie de Covid de 5 semaines de grossesse. Dans un communiqué du 12 avril 2021, la Haute Autorité de Santé avait recommandé de pérenniser ce délai d’IGV médicamenteuse jusqu’à 9 semaines d’aménorrhée afin d’alléger la charge des établissements de santé qui pourront se concentrer sur les IVG chirurgicales. Le 22 février 2022, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) maintenait cette possibilité de les réaliser jusqu’à la 7ᵉ semaine de grossesse en dehors d’un établissement de santé.

Délais pour recourir à une IVG
Méthode d’IVG Délai
IVG chirurgicale jusqu’à la fin de la 14e semaine de grossesse, soit 16 semaines après le début des dernières règles
IVG médicamenteuse jusqu’à la fin de la 7e semaine de grossesse, soit 9 semaines après le début des dernières règles

C’est quoi l’avortement médicamenteux (par cachet) ?

La technique médicamenteuse est autorisée depuis 1989. Elle consiste en la prise de deux comprimés en établissement de santé ou hors établissement de santé, y compris à domicile. Depuis le mois d’avril 2021, dans le cadre de l’Etat d’urgence sanitaire, l’IVG médicamenteuse peut être réalisée jusqu’à 9 semaines d’aménorrhée soit 7 semaines de grossesse. La séquence des consultations relatives à l’IVG médicamenteuse dans les établissements de santé et hors établissement de santé est identique : une consultation d’informations, une consultation avec délivrance des médicaments et une visite de contrôle après pour vérifier l’efficacité de la méthode.

C’est quoi l’avortement chirurgical (par aspiration) ?

L’IVG chirurgicale peut être pratiquée jusqu’à la fin de la 14e semaine de grossesse et se pratique obligatoirement dans un établissement de santé. Techniquement, l’IVG consiste en une dilatation du col de l’utérus puis une aspiration de l’œuf. L’ouverture du col utérin étant facilitée par l’administration d’un médicament. L’intervention, qui dure une dizaine de minutes, se fait le plus souvent sous anesthésie générale. Une hospitalisation en ambulatoire, dans la journée est suffisante. Après, la mise en place d’une contraception est indispensable dès que l’IVG est effectuée. Une visite de contrôle doit être faite entre 2 à 3 semaines après l’intervention afin de s’assurer qu’il n’y a pas de complication et que tout se passe bien. Par ailleurs, une consultation psycho-sociale est systématiquement proposée si la femme éprouve le besoin de parler de sa situation.

Age : peut-on avorter si on est mineure ?

Une jeune fille mineure, n’a pas nécessairement besoin de l’accord de ses parents pour en faire la demande. Elle doit cependant être accompagnée d’une personne majeure de son choix.

Il n’y a pas de conditions d’âge à respecter pour faire une IVG. Toute femme, qu’elle soit majeure ou mineure a le droit de bénéficier de ce délai légal pour mettre fin à une grossesse non désirée. Une jeune fille mineure, n’a pas nécessairement besoin de l’accord de ses parents pour en faire la demande. Même s’il est important qu’elle soit soutenue par ses parents, elle peut très bien choisir de garder le secret si ce consentement n’est pas obtenu. Les professionnels de santé ont besoin de connaître son nom mais ils sont tenus au secret médical. Aussi, sa demande de secret vis-à-vis de ses parents doit être respectée. Elle peut alors se faire accompagner par une personne majeure de son choix. De même, toute femme majeure a le droit de faire une IVG sans en informer son mari. C’est une démarche personnelle. Les femmes étrangères peuvent également accéder au droit à l’IVG.

Où s’informer si on veut interrompre sa grossesse ?

Il existe plusieurs structures vers qui se tourner pour obtenir des informations et une aide pour effectuer les démarches nécessaires à l’IVG. Il s’agit :

  • des centres de planification familiale
  • des permanences régionales d’information sur la contraception et l’interruption volontaire de grossesse
  • des centres de santé 
  • les établissements d’information, de consultation et de conseil familial.

Tous les établissements de santé publics ou privés ne pratiquent pas les 2 techniques d’avortement, il est donc important de s’informer le plus tôt possible. Les coordonnées des structures par régions sont disponibles sur le site du Ministère de la Santé.

Où peut-on pratiquer une IVG ?

L’IVG médicamenteuse peut être réalisée en établissement de santé, ou hors établissement de santé par un médecin ou une sage-femme ayant un contrat avec une structure et une expérience professionnelle adaptée. L’IVG chirurgicale est pratiquée uniquement dans un établissement hospitalier. A savoir : tous les établissements de santé ne pratiquent pas les IVG. Il faut donc s’en informer le plus rapidement possible afin de ne pas dépasser le délai légal. L’IVG fait partie des exceptions au parcours de soins coordonnés : il est possible de consulter un médecin autre que le médecin traitant. De plus, il est possible de prendre rendez-vous avec un gynécologue directement sans passer par la case médecin traitant.

Quelles sont les démarches pour demander une IVG ?

Une fois votre décision prise, il est important d’engager les démarches très rapidement car les délais de prise en charge peuvent être longs. Le médecin ou la sage-femme sollicité par une femme en vue de l’interruption de sa grossesse doit, dès la première visite, informer celle-ci des méthodes médicales et chirurgicales d’interruption de grossesse et des risques et des effets secondaires potentiels. La technique utilisée dépend du souhait de la femme et du terme de la grossesse.

Avant la réalisation d’une IVG : deux consultations médicales sont obligatoires

Première consultation obligatoire : la demande d’IVG. La patiente peut s’adresser à un médecin, à une sage-femme de son choix ou à un centre de planification ou d’éducation familiale. Pendant l’entretien, le médecin informe sa patiente des différentes méthodes d’IVG, des lieux où la pratiquer et des risques et effets secondaires. Cet entretien médical est aussi l’occasion de faire part des éventuelles inquiétudes rencontrées et de demander des précisions sur les étapes de l’IVG afin de prendre une décision éclairée. Le médecin propose par ailleurs à sa patiente un entretien psycho-social avec une conseillère conjugale, une assistante sociale ou une psychologue. Celui-ci est obligatoire pour les femmes mineures et facultatif pour les femmes majeures. A l’issue de cette première consultation, le médecin remet une attestation de consultation. En résumé : au cours de cette consultation :

  • Vous faites votre demande d’avortement
  • Vous recevez des informations orales et un guide sur l’IVG
  • Le médecin ou la sage-femme vous propose un entretien psycho-social (celui-ci est obligatoire si vous êtes mineure). Cette consultation donne lieu à la délivrance d’une attestation de consultation médicale.

► Deuxième consultation obligatoire. Lors du 2e entretien avec le médecin, la femme confirme sa demande d’IVG et décide avec le médecin où et comment elle souhaite pratiquer son IVG. A noter, qu’il n’existe plus de délai obligatoire de 7 jours à respecter entre les deux consultations. En effet, la suppression de ce délai de réflexion a été votée à l’Assemblée nationale et également adoptée par le Sénat le 18 septembre 2015. En résumé, au cours de cette 2e consultation : 

  • Vous recevez la 2e attestation de consultation médicale
  • Vous confirmez votre demande d’avortement par écrit à votre médecin ou à votre sage-femme.

Une consultation de contrôle est obligatoire après l’IVG.

Comment se déroule une IVG en France ?

Dans le cas d’une IVG chirurgicale :

  • Le col de l’utérus doit être dilaté, souvent facilité par l’administration d’un médicament
  • L’intervention chirurgicale (l’aspiration de l’oeuf) peut être réalisée sous anesthésie locale ou générale. Le type d’anesthésie est à choisir avec l’aide du médecin en fonction de votre situation
  • L’intervention dure une dizaine de minutes, mais l’hospitalisation dure en général quelques heures. 
  • Une consultation psycho-sociale est systématiquement proposée après une IVG, vous permettant de parler de votre situation si en ressentez le besoin.

Dans le cas d’une IVG médicamenteuse :

  • Deux médicaments sont délivrés par un médecin ou une sage-femme. Dans le cadre de la téléconsultation (IVG à l’hôpital ou en ville), les médicaments sont prescrits par le médecin ou la sage-femme et délivrés par une pharmacie d’officine désignée par la femme. Cette pharmacie garantit la confidentialité. Cette méthode ne nécessite donc ni anesthésie, ni intervention chirurgicale. 
  • Le 1er médicament sert à interrompre la grossesse, il peut être pris en présence du médecin ou de la sage-femme au cours d’une 1re consultation ou à votre domicile.
  • Le 2e médicament sert à provoquer l’expulsion de l’œuf. Sa prise a lieu  entre 36 et 48 heures après la prise du 1er en consultation ou à votre domicile.

Après l’IVG : une visite de contrôle doit intervenir entre le 14e et le 21e jour après l’intervention chirurgicale ou médicamenteuse. Cela permet de s’assurer qu’il n’existe pas de complication. Lors de la consultation de contrôle, le médecin ou la sage-femme vérifie que vous disposez d’un moyen contraceptif adapté à votre situation. Le médecin ou la sage-femme vous propose d’avoir recours, suite à l’IVG, à un entretien psycho-social, si vous le souhaitez.

Quel est le prix d’une IVG est-ce remboursé ?

Les frais engendrés par une IVG sont pris en charge à 100 % par la Sécurité sociale, tant pour les femmes mineures que majeures, sans aucune avance de frais. Son tarif dépend de la technique d’IVG et du lieu où elle est pratiquée : 

  • Le coût d’une IVG chirurgicale est remboursé par l’Assurance Maladie à 100 % sur la base d’un tarif forfaitaire variable. Ce tarif est compris entre 463,25 euros et 664,05 euros en fonction de l’établissement de santé (hôpital ou clinique), du type d’anesthésie (locale ou générale) et de la durée de l’hospitalisation.
  • Le coût d’une IVG médicamenteuse en établissement de santé (hôpital, clinique), est remboursé par l’Assurance Maladie à 100 % sur la base d’un tarif forfaitaire fixé à 282,91 euros.
  • Le coût d’une IVG médicamenteuse en médecine de ville (cabinet médical, centre de santé, centre de planification et d’éducation familiale) est remboursée par l’Assurance Maladie à 100 %, avec des tarifs fixés par arrêté à chaque étape. Le médecin ou la sage-femme qui réalise l’ensemble d’une IVG facture chacune de ses étapes pour une rémunération forfaitaire qui représente entre 187,92 euros et 193,16 euros.

Attention : il existe des sites d’information sur l’IVG trompeurs. Par exemple, le site « www.ivg.net » se présente comme un « centre national d’écoute anonyme et gratuit » et comme « centre de documentation médicale sur l’avortement ». Il propose en outre un numéro vert d’écoute. Cependant, l’association qui édite ce site n’a rien d’officiel. Pire, on trouve presque exclusivement des témoignages négatifs sur l’IVG ainsi que des études sur les « troubles psychologiques » liés à celle-ci.

Quelles différences entre IVG et IMG ?

L’IVG est l’interruption volontaire de grossesse tandis que l’IMG est l‘interruption médicale de grossesse. L’IMG n’a pas de restriction de délai et est réalisée pour un motif médical : soit parce que la poursuite de la grossesse met en péril grave la santé de la mère, soit pour anomalie grave du fœtus. L‘avortement est demandé par la femme et ne peut être pratiqué qu’après examen du dossier médical par une équipe de médecins appartenant à plusieurs disciplines et attestation par deux de ces professionnels de l’une des deux conditions précédentes.

Sur le forum santé : les discussions au sujet de l’IVG
A retenir

► L’avortement chirurgical peut être réalisé jusqu’à 14 semaines de grossesse en France, soit 16 semaines après le 1er jour des dernières règles.

► L’avortement médicamenteux peut être réalisé jusqu’à 7 semaines de grossesse en France, soit 9 semaines après le 1er jour des dernières règles.

► Si vous souhaitez interrompre votre grossesse, il faut prendre rapidement rendez-vous avec le médecin ou la sage-femme de votre choix. 

► Lors d’un deuxième rendez-vous, vous déciderez de la méthode d’IVG : médicamenteuse ou chirurgicale.

► Pour les mineures, un entretien psycho-social est obligatoire.

► Une consultation de contrôle est obligatoire après l’IVG (14 à 21 jours après).

Sources : Interruptions volontaires de grossesse : une hausse confirmée en 2019. DREES / Site du service-public.fr / IVG.gouv.fr


Source : JDF Santé

Journée du cancer de l'enfant : date 2023, don, quels cancers ?

Journée du cancer de l'enfant : date 2023, don, quels cancers ?

Le mercredi 15 février 2023, c’est la Journée internationale du cancer de l’enfant, de l’adolescent et du jeune adulte. Chaque année en France, 2 500 nouveaux cas de cancers sont diagnostiqués chez les moins de 25 ans, rapporte l’Institut Curie dans un communiqué du 9 février 2022. Et malgré un taux de survie de près de 90% à 5 ans, 500 enfants meurent du cancer chaque année en France. Ces cancers restent relativement rares mais nécessitent une prise en charge très spécifique, d’où l’importance de soutenir la recherche en termes de diagnostic et de traitements. 

Origine : depuis quand existe la Journée internationale du cancer de l’enfant ?

La Journée internationale du cancer de l’enfant a été lancée en 2001 par le réseau d’associations Childhood Cancer International. Il s’agit d’une journée annuelle de mobilisation et de sensibilisation autour des tumeurs de l’enfant, de l’adolescent et du jeune adulte.

De quelle couleur est le ruban symbolique du cancer de l’enfant ?

A l’instar du Ruban Rose, le symbole de la mobilisation contre le cancer de l’enfant est le ruban doré

Ruban doré cancer de l'enfant
Ruban doré, symbole de la lutte contre le cancer de l’enfant © Anastasy Yarmolovich – 123RF

Quelle est la date de la Journée internationale du cancer de l’enfant 2023 ?

Chaque année, la Journée internationale du cancer de l’enfant, de l’adolescent et du jeune adulte a lieu le 15 février. 

Quelles sont les actions en 2023 ?

En France, des marches solidaires sont organisées dans plusieurs villes en guise de mobilisation contre le cancer des enfants. Par ailleurs, comme chaque année, l’Association Imagine for Margo, qui lutte contre le cancer des enfants depuis 2011, organise son colloque annuel baptisé FAST.

Quels sont les chiffres des cancers de l’enfant ?

  • 2 200 enfants de 0 à 17 ans sont nouvellement atteints chaque année par un cancer dont 450 nouveaux cas chez les adolescents de 15 à 17 ans (source : Institut national du Cancer)
  • Ces cancers restent la première cause de décès par maladie chez les enfants de plus de 1 an.
  • La survie à 5 ans tous types de cancers confondus, est de 88%, avec néanmoins des disparités selon l’âge et le type de tumeur.
  • 2/3 des enfants ont survécu, ont ou auront des séquelles

Quels sont les cancers les plus fréquents chez l’enfant ?

Chez les moins de 15 ans, les principales localisations cancéreuses sont :

  • Les leucémies (29 % des cas, dont 80 % de leucémies aiguës lymphoblastiques),
  • Les tumeurs du système nerveux central (25 %) et les lymphomes (10 %).

Chez les adolescents et jeunes adultes, les principaux cancers sont :

  • Les lymphomes (dont les 3⁄4 sont des lymphomes de Hodgkin)
  • Les tumeurs germinales gonadiques (testicule, ovaire)
  • Les sarcomes
  • Les leucémies
  • Les cancers de la thyroïde
  • Les mélanomes
  • Les tumeurs du système nerveux central (cerveau et moelle épinière)

Comment prendre en charge le cancer chez l’enfant ?

L’unité SIREDO (pour Soins, Innovation, Recherche, en oncologie de l’Enfant, de l’aDOlescent et de l’adulte jeune) est un centre intégré de soins et de recherche créé par l’Institut Curie, pour les jeunes de 15 à 24 ans, pour optimiser la prise en charge des enfants et des adolescents et jeunes adultes, dans toutes les étapes, du diagnostic, du traitement et du suivi. Au sein d’un même lieu sont réunis : chercheurs, patients et équipe soignante composée d’un pédopsychiatre, d’une psychologue, d’une psychomotricienne, d’une infirmière-coordinatrice, d’une animatrice, de deux médecins oncologues pédiatriques et adultes, des soignants et une diététicienne. Le centre compte 8 lits d’hospitalisation et une salle aménagée spécialement pour les adolescents. L’Institut Curie dispose également des locaux et infrastructures nécessaires pour permettre à ses jeunes patients la poursuite de scolarité, jusqu’au baccalauréat et au-delà. Elle propose de passer le bac et des examens de facultés au sein de son unité d’hospitalisation. Pour cela, l’Institut s’appuie sur l’Education nationale mais également sur des partenariats avec des associations. 

Comment faire un don pour la lutte contre le cancer des enfants ?

Il est possible de faire un don sur le site de l’Institut Curie afin d’aider les chercheurs à vaincre le cancer. Le site propose un règlement sur une plateforme entièrement sécurisée. L’Institut Curie est une Fondation reconnue d’utilité publique, à ce titre : 66 % du montant de votre don est déductible de votre impôt sur le revenu. Ainsi, un don de 75 euros, par exemple, vous revient en réalité à 25 euros. Les dons sont reversés à l’ensemble des programmes de recherche et de soins contre le cancer afin de :

  • COMPRENDRE le fonctionnement des cellules cancéreuses pour affiner le diagnostic.
  • DÉCOUVRIR de nouvelles voies thérapeutiques pour des traitements encore plus adaptés et mieux tolérés.
  • SOIGNER, et GUÉRIR de plus en plus de patients atteints de tous les types de cancer.

Il est également possible de faire des dons sur les sites des associations qui luttent contre les cancers de l’enfant comme Imagine For MargoSourire à la vie, ou encore Gustave Roussy

Sources : Site de l’Institut Curie, site de l’association Imagine for Margo, site de la Ligue contre le Cancer


Source : JDF Santé

"On ne peut pas laisser le cancer à la porte de son travail"

"On ne peut pas laisser le cancer à la porte de son travail"

(Mise à jour le 18 janvier 2023 à 10h21] Le 17 janvier 2023, le PDG de Publicis, Arthur Sadoun, a appelé les grandes entreprises à « faire tomber le tabou du cancer au travail ». Patron du troisième groupe mondial de communication, il a lui-même fait face à un cancer en avril 2022, à 50 ans, lié au papillomavirus, dont il a été guéri. Arthur Sadoun a annoncé le lancement du « Working With Cancer » visant à rassembler des grandes entreprises afin qu’elles s’engagent à mieux accompagner leurs salariés dans la maladie et à faciliter leur retour au travail. Parmi les partenaires de cette intitiative, le club de dirigeants Cancer@work fondé par Anne-Sophie Tuszynski. Guérie d’un cancer du sein diagnostiqué en 2011, elle est devenue patiente experte dans le monde du travail. En 2017, l’auteure publie « Cancer et travail, j’ai retrouvé ma place ! Comment trouver la vôtre » et en mai 2022, « Cancer, maladie et travail, pour améliorer la qualité de vie de tous les salariés ». Elle agit depuis plusieurs années pour révolutionner le monde de l’entreprise et permettre aux personnes frappées par une affection de longue durée de rester dans l’emploi et proposer aux employeurs des clés pour les accompagner au mieux. Nous l’avions rencontrée en octobre 2022. Découvrez son entretien exclusif pour le Journal des Femmes.

Le Journal des Femmes : pour qui avez-vous publié votre ouvrage « Cancer, maladie et travail, pour améliorer la qualité de vie de tous les salariés » ?

Anne-Sophie Tuszynski : j’ai publié ce guide pour toutes les personnes qui sont confrontées à la maladie dans le monde professionnel. Les personnes malades mais aussi leur entourage, leur famille, leurs managers, leurs collègues, qui deviennent parfois aussi des aidants professionnels.

Le Journal des Femmes : selon vous, pourquoi la maladie est-elle encore tabou en entreprise ?

Anne-Sophie Tuszynski : ces situations renvoient souvent à des histoires personnelles douloureuses, ce qui complique la communication autour de ces sujets intimes. Mais par l’effet de nombre et des liens très poreux entre la vie personnelle et la vie professionnelle, ces histoires deviennent aussi des sujets au travail. On a essayé de dresser des cloisons entre ces deux vies mais on ne peut évidemment pas laisser à la porte de son travail un sujet aussi douloureux qu’une maladie grave et/ou chronique !

Le Journal des Femmes : avec 1 personne sur 3 qui perd ou quitte son emploi dans les 2 ans qui suivent le diagnostic, on est face à un enjeu de société.

Anne-Sophie Tuszynski : exactement. Les raisons à cela sont multiples : la maladie impose parfois de changer de métier ou invite à repenser sa vie professionnelle. Mais parfois, les conséquences de la maladie sont insuffisamment prises en compte au travail pour permettre à la personne de conserver son poste. Si on n’adapte pas le travail aux conséquences de la maladie ou des traitements, on se retrouve avec des personnes qui réalisent qu’elles ne peuvent pas reprendre leur travail exactement comme avant et qui s’épuisent pour essayer de le faire quand même.

« On m’a diagnostiqué un cancer à 39 ans. J’étais cadre supérieure, mariée, trois enfants »

Le Journal des Femmes : comme avant… que voulez-vous dire par là ?

Anne-Sophie Tuszynski : on découvre cette grande fatigabilité, parfois lancinante, les difficultés de concentration, les pertes de mémoire. On s’épuise à essayer de tout faire comme avant, à tel point que les décompensations psychiques ne sont pas rares.

Le Journal des Femmes : pour bien faire, il faudrait intégrer le retour au travail dans le parcours de soins ?

Anne-Sophie Tuszynski : il faudrait effectivement intégrer l’après-cancer au parcours de rétablissement. Selon moi, il faut même préparer le retour au travail dès l’annonce du cancer. L’employé n’a évidemment aucune obligation à parler de sa maladie, toutefois, si on peut d’emblée organiser son départ, garder un lien avec le collectif et l’entreprise durant son traitement afin de ne pas être perdu à son retour après un long arrêt maladie, alors ce retour n’est finalement même plus un sujet.

« Les attentions portées par les managers et les employeurs constituent un pilier de rétablissement médical »

Le Journal des Femmes : c’est ce que vous avez fait quand ou vous a diagnostiqué un cancer du sein en 2011 ?

Anne-Sophie Tuszynski : on m’a diagnostiqué un cancer à 39 ans. J’étais cadre supérieure, mariée, trois enfants, avec un joli pavillon de banlieue. Une image d’Epinal. J’ai senti une boule dans mon sein le 7 mars au matin. Le soir même, je faisais une mammographie et on m’annonçait que j’avais 95 % de risques pour que ce soit un cancer. Je retournais ensuite au bureau, j’ai croisé mon patron et je lui ai annoncé immédiatement. C’est vrai que j’avais toute confiance en lui, c’est aussi pourquoi j’ai pu avoir une parole si libre et spontanée. Mon équipe a suivi avec moi les résultats de l’ensemble des examens, l’annonce du diagnostic et la mise en place du protocole. J’ai eu trois semaines pour informer mes clients, échanger avec mes équipes et mon manager pour mettre en place les solutions durant mon absence, qui, je l’ai su tout de suite, allait durer plusieurs mois. Je suis partie très sereine et j’ai conservé des liens réguliers avec mes équipes et mes clients durant neuf mois. De retour au travail en janvier 2012, je reconnaissais mon entreprise et j’ai retrouvé ma place.

Le Journal des Femmes : votre expérience et les autres expériences similaires, contribuent-elles au rétablissement selon vous ?

Anne-Sophie Tuszynski : c’est ce que je crois oui, et je partage cette conviction avec de nombreux médecins. Souvent, lorsque les malades perdent leur travail, ils ont le sentiment de ne plus avoir de place dans la société. Sans compter la perte financière que la perte du travail engendre. Les attentions portées par les managers et les employeurs en général constituent selon moi un pilier de rétablissement médical, mais aussi social et professionnel. C’est pourquoi je veux les accompagner sur ce chemin.

« 15 % de la population active est directement  concernée par une maladie grave, mais personne n’en parle »

Le Journal des Femmes : qu’est-ce qui vous a poussé à vous consacrer pleinement à cette tache ?

Anne-Sophie Tuszynski : j’ai touché le sujet du doigt dans les salles d’attente de Gustave Roussy où j’étais soignée. On y passe du temps et on échange beaucoup. Quand je disais que je travaillais dans les ressources humaines, on me demandait de l’aide, des conseils. Beaucoup n’en avaient pas parlé, d’autres avaient peur de ne pas retrouver leur poste. Puis, au retour au travail, j’ai reçu de nombreuses sollicitations de clients, collègues, connaissances… ça m’a interpellée, j’ai creusé et j’ai réalisé que je n’étais pas seule, mais que le cancer restait un sujet tabou, dans la société et au travail. Et si on élargit à l’ensemble des maladies chroniques – endométriose, sclérose en plaques… –  on se retrouve avec près de 15 % de la population active qui est directement concernée par une maladie grave, mais personne n’en parle. Et ce chiffre devrait encore augmenter de 10 % d’ici à 2025, selon le Conseil économique, social et environnement (CESE). Pourtant, dans le milieu professionnel, on est soit en arrêt maladie et malade, soit au travail et bien portant ! Au moment de l’annonce d’un cancer environ une personne sur deux est dans l’emploi. Pratiquement 1200 personnes apprennent chaque jour, qu’elles sont atteintes d’un cancer et près de la moitié travaille. Le besoin d’accompagnement de ces personnes et des entreprises est donc énorme !

Le Journal des Femmes : et vous avez lancez le club d’employeurs Cancer@work et plus récemment WeCare@work pour y parvenir.

Anne-Sophie Tuszynski : oui Cancer@work est un club d’entreprises qui réunit dirigeants et salariés engagés afin d’interroger les besoins des actifs frappés par la maladie. Wecare@work propose des solutions pour accompagner les entreprises, des formations aux managers, des ressources diverses. On a aussi lancé Alex*, une plateforme d’accompagnement en ligne, la première au monde, pour répondre à toutes les questions juridiques, pratiques, organisationnelles qu’on peut se poser quand on est confronté à la directement ou indirectement.

Le Journal des Femmes : Je crois que dans votre entreprise Wecare@work, les profils de personnes qui ont été malades ou aidants sont particulièrement représentés.

Anne-Sophie Tuszynski : oui, à compétences égales, on recrute les personnes qui ont été malades ou aidants. On veut faire la preuve que concilier maladie et travail est possible et même un facteur de performances humaines et économiques. On le prend donc en compte dans nos recrutements, car pour nous, être passé par ces épreuves est une compétence à part entière. Il s’agit de compétences très recherchées dans le monde de l’entreprise aujourd’hui : l’empathie, l’écoute, le sens des priorités, la prise de recul… toutes ces compétences qu’on appelle les soft skills. Quand on est confronté à une maladie, on a des occasions accrues de développer ce type de compétences. Traverser un telle épreuve, c’est comme une formation accélérée dans certains domaines. Et c’est très précieux pour les entreprises qui commencent à comprendre que c’est bien l’humain, et pas autre chose, qui est l’essentiel de la réussite d’une organisation. Quand on échange avec nos clients et leurs salariés, on sait de quoi on parle, on sait les difficultés que la maladie impose, mais on sait aussi tout ce que cela peut apporter à l’entreprise.

« J’ai gagné en audace et en sens des priorités »

Le Journal des Femmes : plus de 10 ans après le diagnostic, quel regard portez-vous sur votre cancer ?

Anne-Sophie Tuszynski : Pour moi, c’est une expérience de vie qui reste douloureuse et si j’avais à choisir, je ne choisirai pas de vivre un cancer et de le faire vivre à mon entourage, bien sûr. Mais pour autant, ce fut une expérience extrêmement enrichissante. Elle m’a totalement débarrassée de la peur d’entreprendre que j’avais jusque-là. J’ai gagné en audace, en sens des priorités, j’ai appris à replacer les choses à leur juste valeur. Je suis extrêmement sereine, on ne m’arrête plus !

Le Journal des Femmes : quels conseils pour assurer un retour au travail en toute sérénité ?

Anne-Sophie Tuszynski : dialogue et anticipation. Trop de gens n’en parlent pas, disparaissent du jour au lendemain. Ils en ont le droit. Mais s’ils n’engagent pas le dialogue, on ne pourra pas mettre en place les mesures d’accompagnement nécessaires à leur retour. Et trop souvent on prépare son retour au travail quelques jours avant seulement. C’est beaucoup trop tard pour repenser une organisation, appréhender les conséquences de sa maladie et mettre toutes les chances de son côté pour que ça marche ! C’est pourquoi toutes ces personnes quittent l’entreprise. Si toutes les situations sont uniques, c’est dans le dialogue qu’on parvient à appréhender toutes ces particularités. Ce n’est pas si compliqué et cela demande finalement assez peu d’investissements pour une entreprise, pour peu qu’on anticipe.

Merci à Anne-Sophie Tuszynski, auteure de « Cancer, maladies et travail, pour améliorer la qualité de vie de tous les salariés », Editions Eyrolles, mai 2022. *La plateforme Alex propose un accès gratuit pour des personnes touchées par une maladie grave ou chronique via le numéro vert 0 800 400 310. Propos recueillis en octobre 2022.


Source : JDF Santé