Syndrome de sevrage alcoolique : symptômes, traitement

Définition : c’est quoi le syndrome de sevrage alcoolique ?

Le sevrage alcoolique se résume à l’arrêt brutal de la consommation d’alcool, qu’il soit accidentel, à l’initiative du sujet ou qu’il s’inscrive dans une perspective thérapeutique, chez une personne alcoolodépendante. « Le syndrome de sevrage réunit des manifestations symptomatiques qui peuvent survenir à compter du 3ème jour suivant cet arrêt brutal, explique le Dr Pascal Possoz, médecin alcoologue. Ces manifestations traduisent un état de manque psychique, comportemental et physique lié à l’arrêt de l’alcool« . L’objectif d’un sevrage thérapeutique est l’entrée dans un processus d’abstinence complète et durable d’alcool. « C’est une méthode douce mais aussi dangereuse si elle n’est pas réalisée dans des conditions médicales et sécurisées« . Il y a des risques de crises d’épilepsie, de delirium tremens ou de mort subite impossibles à prévoir et qui peuvent être mortels.

Quels sont les symptômes en cas de sevrage ? 

« Les symptômes diffèrent selon la gravité et l’imprégnation d’alcool du patient« , insiste le médecin. Les plus fréquents sont :

  • tremblements,
  • transpiration,
  • anxiété,
  • nervosité,
  • dépression,
  • angoisse,
  • sentiment de « malaise »,
  • insomnie (ou réveils nocturnes),
  • nausées,
  • diarrhées,
  • vomissements. 

« L’arrêt de l’alcool va également engendrer une déshydratation massive des cellules et une hypoglycémie. En période de sevrage, le patient doit boire beaucoup d’eau et manger du sucre« . L’apparition tardive ou la persistance de ces symptômes au-delà de 5 jours doit faire suspecter d’autres addictions associées, en particulier aux benzodiazépines

Quelles sont les causes du syndrome de sevrage alcoolique ? 

Lors d’une consommation chronique d’alcool, des mécanismes d’adaptation se mettent en place au niveau du système nerveux central. Ils portent à la fois sur la membrane des cellules et sur la neurotransmission. « L’arrêt brutal de l’alcool va être source de dysfonctionnement, reconnait le spécialiste. Il se produit alors une réduction brutale de l’activité GABA, d’où une hyperactivité des autres métabolismes cérébraux« .

Quel spécialiste consulter ? 

« Les patients consultent en première intention leur généraliste, qui ont malheureusement peu de connaissance des troubles de l’usage de l’alcool, regrette le Dr Possoz. Il est important d’orienter rapidement le patient vers un centre de soins spécialisé dans la prise en charge des addictions où il sera suivi par une équipe médicalisée et pluridisciplinaire (addictologue, psychologues, psychiatres…) ». En amont du sevrage, le médecin pourra évaluer l’alcoolodépendance et le risque de syndrome de manque à travers les signes cliniques mais aussi avec une prise de sang. Une augmentation du volume de globules rouges peut être un signe d’alcoolodépendance sévère et d’un risque d’épilepsie.

En l’absence de traitement du syndrome de sevrage, 5 % des patients évolueront vers le délirium tremens

Quelles sont les complications possibles ? 

« Le syndrome de sevrage alcoolique peut également évoluer vers des symptômes plus graves comme des signes confusionnels, des crises convulsives (épilepsie) ou des hallucinations qui se caractérisent par un désordre passager de la perception sensitive et somatique de l’environnement« , précise notre interlocuteur. 25 % des patients présentant un syndrome de sevrage vont en être victime. « En l’absence de prise en charge thérapeutique, un délire hallucinatoire pourra s’installer, dans un délai de 7 à 48 h après l’arrêt de la consommation alcoolique« . L’évolution vers le délirium tremens constitue la forme grave du syndrome de sevrage alcoolique. « Cet état associe une hyperactivité du système nerveux autonome, une désorientation, une confusion, un délire hallucinatoire, et la survenue possible des crises convulsives. Il s’agit d’une urgence absolue« . En l’absence de traitement du syndrome de sevrage, 5 % des patients évolueront vers le délirium tremens. Cet état évolue sur une période de 5 jours à 2 semaines. Sans traitement adapté, on observait auparavant une mortalité de 35 %, précise le Société Française de Médecine d’Urgence (SFMU). La mise en place d’un traitement par benzodiazépines a permis de diminuer ce taux à 15 %, puis à 5 % du fait d’une prise charge thérapeutique optimale.

80 % des patients présentent des troubles dépressifs à l’occasion du sevrage

Par ailleurs, 80 % des patients présentent des troubles dépressifs à l’occasion du sevrage. Ceux-ci régressent en 2 à 4 semaines. On attendra un délai de 2 à 4 semaines avant d’introduire un antidépresseur, en l’absence de risque suicidaire ou de syndrome dépressif sévère. 

Quel est le traitement du syndrome de sevrage alcoolique ? 

Le sevrage alcoolique peut se réaliser de deux manières. Il peut être « résidentiel« , basé sur un séjour de durée variable (d’une semaine à 3 mois environ) dans un l’hôpital ou dans un centre de soins spécialisés. « Il est d’autant plus indiqué que le sujet à déjà connu un échec de sevrage ou que son niveau d’intoxication est élevé« , insiste notre interlocuteur. Ou « ambulatoire » avec des consultations médicales rapprochées (choisi dans 60 à 70% des cas). Le patient prend son traitement et réside à son domicile. Dans tous les cas, un arrêt de travail est généralement nécessaire. Le principal traitement reste la sédation. « Dans la plupart des cas, le choix se porte sur des médicaments de la classe des benzodiazépines à demi-vie longue (Valium, Tranxène, Xanax…). Ils permettent non seulement de limiter les tremblements, l’anxiété et l’insomnie dus au sevrage mais préviennent les crises d’épilepsie et le delirium tremens. En général, la prescription ne dépasse pas cinq jours« . D’après différentes études et essais thérapeutiques, il a été formellement démontré que les patients traités par benzodiazépines présentent une diminution d’évolution vers les formes sévères de sevrage (délirium tremens). « On leur associe souvent des vitamines (B1, B6 et PP) qui viennent combler les carences fréquentes chez les personnes alcoolo-dépendantes, carences qui peuvent être à l’origine de graves troubles neurologiques (démence, béribéri, polynévrite…) ». En complément de ces traitements, une attention accrue est portée à la réhydratation du patient en sevrage (plusieurs litres d’eau par jour pendant la phase critique des cinq premiers jours). « En effet, l’arrêt de la consommation entraîne une déshydratation massive« . Après cette étape de sevrage, d’autres médicaments peuvent être prescrits afin d’aider à maintenir l’abstinence. « Une fois passé le cap du syndrome de sevrage, une prise en charge médicale, psychiatrique et psychologique, parfois sociale, est incontournable afin de prévenir au mieux la reprise de l’intoxication alcoolique, et donc le risque de survenue d’un nouveau syndrome de sevrage« .

Quelle est la durée d’un sevrage alcoolique ? 

Tout dépend encore une fois de la gravité et l’imprégnation d’alcool du patient. « Un sevrage en stade 1 dure en moyenne 6 jours. Lorsqu’il devient complexe, dans le cadre de poly-intoxications (cocaïne, tabac, cannabis, opiacés, benzodiazépines…), il nécessitera une hospitalisation de 12 jours« , observe le médecin. 

Prévention : comment éviter les risques ?

« 7 millions de personnes ont un problème avec l’alcool et on ne soigne que 7% d’entre eux« , regrette le Dr Possoz. Il n’y a pas de consommation d’alcool sans risque. Les risques liés à la consommation d’alcool, pour la santé, augmentent au cours de la vie avec la quantité consommée. Toutefois, un avis émis par un groupe d’experts missionnés par Santé Publique France et l’Institut National du Cancer (INCa) a tenté de définir des risques acceptables et propose une valeur repère unique pour les deux sexes, exprimée sous la forme d’un nombre de verres standard de : 10 verres standard par semaine et pas plus de 2 verres standard par jour. En se rappelant du principe : Maximum 2 verres pas jour et pas tous les jours.

Contenu d’un verre standard en alcool pur
Contenu d’un verre standard en alcool pur © Santé Publique France

Ces mêmes experts recommandent d’avoir des jours dans la semaine sans consommation d’alcool et, pour chaque occasion de consommation, de : 

  • réduire la quantité totale d’alcool bue à chaque occasion
  • boire lentement, en mangeant et en alternant avec de l’eau
  • éviter les lieux et les activités à risque
  • s’assurer d’être entouré de personnes de confiance et de pouvoir rentrer chez soi en toute sécurité

D’une façon générale, il est recommandé de ne pas consommer d’alcool dans les situations suivantes : 

  • pendant toute la durée de la grossesse et de l’allaitement
  • pendant l’enfance, l’adolescence et toute la période de la croissance
  • en cas de conduite automobile
  • en cas de pratique de sports à risque
  • en cas de consommation de certains médicaments
  • en cas d’existence de certaines maladies 

Merci au Dr Pascal Possoz médecin alcoologue, responsable du service addictologie à la clinique du parc à Castelnau-le-Lez (34).


Source : JDF Santé