Perte de mémoire : causes, comment traiter ces troubles ?

Les troubles mnésiques ou troubles de la mémoire peuvent concerner la mémoire ancienne ou récente et rendre difficile voire impossible l’enregistrement d’un souvenir, sa conservation sur le long terme ou sa récupération. Les pertes de mémoires sont fréquentes, bénignes le plus souvent mais parfois plus graves quand elles sont le résultat de traumatisme crânien, d’un AVC, de maladie neurologique (Alzheimer)… Définition, causes, caractéristiques, traitements, prise en charge : tout ce qu’il faut savoir sur les problèmes de mémoire.

Perte de mémoire immédiate : quelles causes ?

Également appelée mémoire à court terme ou mémoire de travail, la mémoire immédiate porte sur les faits très récents. C’est celle qui stocke les informations de façon temporaire (pouvoir répéter immédiatement un numéro de téléphone par exemple). « La mémoire de travail n’est pas une vraie mémoire au sens propre du terme, c’est plus de l’attention. Les troubles de la mémoire immédiate ne sont pas vraiment révélateurs d’une maladie, elle s’altère avec le vieillissement normal. On retient moins bien les choses, on a besoin de les noter », commente le Pr Emmanuelle Duron, neurologue-gériatre à l’hôpital Paul Brousse et chercheuse à l’INSERM au sein de l’unité MOODS. Elle est également très atteinte dans les syndromes dépressifs. En revanche, ce n’est pas la mémoire qui est atteinte en premier lieu dans la maladie d’Alzheimer ou très rarement. 

Perte de mémoire à long terme : quelles causes ?

La mémoire à long terme permet de retenir des choses dans la durée. 

► La mémoire à long terme comprend la mémoire déclarative et non déclarative. 

► La mémoire déclarative comprend la mémoire épisodique et la mémoire sémantique.

→ « La mémoire épisodique est celle qui permet de se projeter mentalement dans des souvenirs passés marquants. Elle est affectée dans la maladie d’Alzheimer mais aussi dans la dépression« , explique la neuro-gériatre. Se perdre dans la rue, oublier ses rendez-vous de manière récurrente et ne pas les retrouver, oublier des faits récents qui auraient dû nous marquer comme la naissance d’un arrière petit-enfant, perdre sa carte bleue, perdre des affaires de manière répétée, ne plus arriver à s’orienter dans les transports… Autant de troubles de la mémoire qui retentissent sur la vie quotidienne. « Cela peut éventuellement être des signes d’alerte mais ce n’est pas forcément pathologique. C’est une mémoire contextuelle chargée d’affect et de souvenirs. C’est celle qui est touchée, le plus souvent, en premier dans la maladie d’Alzheimer« , continue-t-elle. 

→ La mémoire sémantique est une mémoire qui touche les faits. « Par exemple, si je vous demande quelle est la capitale de l’Italie, vous allez me répondre Rome mais normalement, vous ne savez plus dans quel contexte vous l’avez appris. Elle est altérée plus tardivement dans la maladie d’Alzheimer », illustre le Pr Emmanuelle Duron. Parfois, certaines personnes oublient toute une partie de leur vie. Généralement, ce sont des troubles d’origine psychologique. Cela peut survenir à la suite d’un énorme traumatisme, un stress post-traumatique.

Perte de mémoire liée à l’âge

Le vieillissement naturel du cerveau peut entraîner des troubles de la mémoire sans qu’ils ne soient nécessairement induits par une maladie neurodégénérative. Si le sujet se plaint de troubles de la mémoire mais que ses souvenirs anciens et ses capacités à acquérir de nouvelles connaissances sont intactes, il s’agit du vieillissement cognitif normal. 

Pourquoi l’AVC peut perturber la mémoire ?

« Des troubles de la mémoire peuvent survenir après un AVC si celui-ci a lieu dans une zone qui touche la mémoire. Il y a aussi des patients qui font plein de petites lésions de la substance blanche et qui occasionnent des troubles de la mémoire et de l’attention », note la neuro-gériatre. 

Pourquoi la maladie d’Alzheimer peut faire perdre la mémoire ?

La maladie d’Alzheimer est une maladie neurodégénérative d’évolution lente et progressive. En premier lieu, elle se caractérise par des pertes de mémoire concernant les faits récents, des oublis conséquents. Puis, progressivement, une perte des repères dans le temps et l’espace, des pertes de langage, des difficultés à trouver ses mots et à effectuer certains gestes. Cela retentit sur la vie quotidienne. Certains patients peuvent présenter des troubles du comportement (agressivité, confusion, anxiété). Le diagnostic ne peut être confirmé qu’après une longue série de tests d’évaluation cognitive, également appelés « tests de mémoire« . 

Quand s’inquiéter ?

« Il faut s’inquiéter quand c’est récurrent, que cela devient handicapant, que ça s’aggrave, quand on se sent très triste parce qu’on risque de faire une dépression et quand on ne se rend absolument compte de rien et que c’est la famille qui vient faire consulter quelqu’un qui ne se souvient de rien. Il faut alors lui proposer des tests en faveur d’un trouble organique (Alzheimer) », prévient le Pr Emmanuelle Duron.

Qui consulter en cas de troubles de la mémoire ?

On consulte dans un centre mémoire où il y a des neurologues et des gériatres. 

Quels traitements ?

Le traitement va dépendre de la cause des troubles de la mémoire. « S’ils sont liés à l’âge, il va falloir stimuler l’activité cognitive par des jeux tels que des mots croisés et encourager les interactions sociales. Si c’est une dépression qui est à l’origine des pertes de mémoire, il va falloir suivre une psychothérapie et prendre des antidépresseurs« , expose la spécialiste. Si c’est une maladie d’Alzheimer, il n’y a malheureusement pas de traitement curatif. « Ceux qui permettent de ralentir l’évolution de la maladie ont été déremboursés par la sécurité sociale pour efficacité insuffisante et ce, même si la société française de gériatrie et de neurologie n’était pas d’accord », regrette le Pr Emmanuelle Duron.

La recherche penche actuellement sur un vaccin, sachant que les essais cliniques ont tous échoué sauf un qui est encore en cours. « Ce qui est très important dans les troubles de la mémoire, c’est de lutter contre les facteurs de risque cardio-vasculaires en milieu de vie car ils augmentent considérablement le risque de développer la maladie d’Alzheimer« , insiste la neurologue-gériatre.

Merci au Pr Emmanuelle Duron, neurologue-gériatre à l’hôpital Paul Brousse et chercheuse à l’INSERM au sein de l’unité MOODS.


Source : JDF Santé