L'Intelligence Artificielle pourrait-elle faire revivre les morts ?

L’Intelligence artificielle continue ses avancées. Parfois de manière inquiétante. Sous son air de pitch de la série dystopique Black Mirror, faire revivre nos proches décédés et discuter avec eux post-mortem serait possible grâce à l’intelligence artificielle (IA). Plus précisément, des plateformes utilisant l’IA seraient capables de prédire la « conscience » et les réactions d’un être humain décédé afin de les retranscrire virtuellement sur un écran via un « double numérique » ou « deadbot » (contraction de « mort » et de « robot » en anglais). C’est en tout cas ce que promet un logiciel américain, présenté dans un article du New York Post et conçu par le Dr Pratik Desai, un médecin et informaticien de la Silicon Valley, qui devrait être disponible d’ici la fin de l’année 2023. Pour retranscrire la conscience d’une personne, l’outil aurait besoin d’une multitude de données comme des enregistrements de la voix de la personne, des messages, des posts ou des commentaires sur les réseaux sociaux, des extraits vidéo et des photos que l’on souhaite « réimaginer ». 

Un avatar que l’on peut solliciter à chaque instant, comme n’importe quel contact Facebook.

Compilées et mixées, toutes ces données seraient ensuite téléchargées dans le système de l’IA qui apprendrait ainsi à connaître et décrypter le caractère, les mouvements, les mimiques, les tics de langage, le sens de l’humour ou encore la voix de la personne. L’utilisateur devrait ensuite concevoir un avatar (représentation virtuelle d’une personne) ressemblant le plus possible au proche qu’il souhaite « faire revivre ». Concrètement, il serait possible de poser des questions à la personne ou d’avoir une discussion avec elle. Un avatar que l’on peut solliciter à chaque instant, comme n’importe quel contact Facebook finalement.

Des conséquences sur la santé mentale

Cela fait quelques années que la technologie et le digital s’intéressent au secteur funéraire. Cette nouvelle branche a même un nom : la deathtech. Bien entendu, ce que les sociologues ont commencé par nommer « l’éternité ou l’immortalité numérique » ne serait pas sans conséquence sur la santé mentale et pourrait, chez certaines personnes fragiles, entraîner des dérives psychologiques. « Après une période de choc liée au décès, la phase suivante est de rechercher la personne décédée. On va croire qu’on la croise dans la rue, on va relire ses messages… Cette phase est normale la première année, mais si elle continue, elle devient pathologique« , prévient Véra Fakhry, psychologue spécialiste du deuil, interrogée par nos confrères des Echos, au sujet d’une application similaire. 

« On aura peut-être des nouvelles formes de maladies autour du deuil, un usage quasiment maladif de ces outils technologiques pour ne pas laisser la personne s’en aller, des nouvelles formes de dépression« , prédit Johan Rochel, spécialiste en droit et éthique de l’innovation, interviewé dans le reportage vidéo « Faut-il ressusciter virtuellement nos morts » du magazine suisse Le Temps. Il faudra donc être extrêmement prudent et psychologiquement bien accompagné(e) si ce genre de plateforme arrive (un jour) en France…

Sources : You could upload dead loved ones to your computer by end of year: tech guru, New York Post, 10 avril 2023 / « La Place des morts, enjeux et rites » du sociologue Patrick Baudry (L’Harmattan, 2006)


Source : JDF Santé