Hyperosmie : test, causes d'un odorat (trop) développé

Quelle est la définition d’une hyperosmie ?

« On perçoit trop l’odeur par rapport à la normale », nous explique le Dr. Duc Trung Nguyen, praticien hospitalier au service ORL du CHRU de Nancy, à propos de cette pathologie. Les mots se terminant par -osmie font référence à l’odorat, et le préfixe hyper- donne un caractère excessif. L’hyperosmie n’est donc pas à confondre avec les phantosmies (la perception temporaire ou permanente d’une odeur le plus souvent désagréable en l’absence de tout stimulus olfactif)) ou la parosmie (une perception altérée ou déformée d’un stimulus olfactif qui est présent).

Quelle est la cause d’une hyperosmie ?

L’hyperosmie peut avoir plusieurs origines mais il est impossible d’en connaître l’origine précise : « Des patients qui ont ce symptôme se mettent en arrêt maladie ou partent en dépression, mais c’est comme la poule ou l’œuf, on ne sait pas lequel est arrivé en premier. » Parmi les « hypothèses » pouvant déclencher une hyperosmie : 

  • des dérèglements hormonaux (notamment une insuffisance des glandes surrénaliennes)
  • la grossesse,
  • et dans des cas plus rares, des tumeurs cérébrales ou des crises d’épilepsie.

Le Dr. Duc Trung Nguyen met aussi l’accent sur un problème « très peu connu des ORL », qui peut en être la cause : le syndrôme d’intolérance aux produits chimiques multiples. Concernant ce dernier, « le facteur psychologique joue énormément, mais souvent il y a un facteur déclencheur : expositions accidentelles à une forte dose d’un produit chimique ou  expositions répétées à des produits chimiques à faibles doses ». Il donne les exemples d’un fermier qui utilisait des pesticides et ne supportait plus les odeurs de fumée, d’un patient qui n’arrivait plus à sentir les odeurs d’essence car il y avait eu une fuite de fioul chez lui, ou encore de techniciens de surface qui avaient des réactions extrêmes aux parfums des produits ménagers

Est-ce un signe de Covid ?

Le Covid-19 est connu pour provoquer des problèmes de goût et d’odorat. D’après l’expert, lorsqu’il y a une atteinte profonde de plusieurs couches de cellules de la muqueuse olfactive, la récupération de l’odorat peut être plus longue et l’on peut passer par des périodes d’hyperosmie, phantosmie ou parosmie. Ce processus peut aussi être observé à la sortie d’autres virus provoquant une perte de l’odorat.

Quels symptômes pour reconnaître une hyperosmie ?

L’hyperosmie est un symptôme en elle-même, et deux signes peuvent alerter de son développement : la perception d’odeurs « trop forte par rapport à la normale », et la « baisse de tolérance à certaines odeurs ». Elle peut provoquer des symptômes associés, souvent dans le cadre d’un syndrôme d’intolérance aux produits chimiques multiples :

  • Des malaises
  • Des nausées
  • Des vomissements
  • Des céphalées

Y a-t-il un test pour diagnostiquer une hyperosmie ?

Le Dr. Duc Trung Nguyen prescrit systématiquement une IRM aux patients qui disent percevoir des odeurs avec trop d’intensité, par précaution, même si les tumeurs qui provoquent de l’hyperosmie sont « très rares ». Si l’IRM est normale et qu’aucun contexte particulier n’est identifié pour expliquer ce problème, « on fait éventuellement un encéphalogramme pour voir si c’est lié à une crise d’épilepsie ». Une fois les tumeurs cérébrales et l’épilepsie écartées, il est possible de répondre au QEESI (Quick Environmental Exposure and Sensitivity Inventory), un questionnaire qui permet aux professionnels de santé de diagnostiquer un syndrôme d’intolérance aux produits chimiques multiples.

Quel est le traitement d’une hyperosmie ?

Le traitement de l’hyperosmie « dépend de ses causes ». Car le plus souvent, elle est le symptôme d’un problème plus large, qu’il faut traiter en globalité. Dans le cadre d’un syndrôme d’intolérance, il est conseillé d’éviter l’exposition aux odeurs qui posent souci. Le médecin propose également de consulter un psychologue si ce trouble est causé par un événement traumatique. Chez une femme enceinte, tout disparaît après l’accouchement. Dans un contexte post-infectieux, il préconise de faire de la rééducation pour retrouver son odorat à 100%.

Merci au Dr. Duc Trung Nguyen, praticien hospitalier au service d’ORL et chirurgie cervicofaciale au CHRU de Nancy.


Source : JDF Santé