C'est quoi le Quiet Quitting (en français) ? Au travail ?

Nouvelle tendance venue des Etats-Unis, le Quiet Quitting consiste à valoriser le fait d’en faire le minimum au travail. Assez surprenant quand on le présente ainsi pourtant il séduirait de plus en plus de salariés français. Dans un sondage Ifop réalisé pour le site Les Makers, 37% des 2000 sondés ont ainsi déclaré adhérer au Quiet Quitting, « en restant stricto sensu dans le cadre de leur contrat de travail, refusant les heures supplémentaires et d’éventuelles tâches qui ne relèveraient pas de leur mission« . Que cache ce phénomène de mode qui continue de se diffuser sur TikTok ? Un mal-être au travail ? Un manque de reconnaissance de l’entreprise ? Quels sont les méfaits du Quiet Quitting à long terme sur la santé mentale ? Décryptage de cette tendance avec Emeric Lebreton, docteur en psychologie et fondateur d’Orientaction.

Que veut dire Quiet Quitting en français ?

« Quiet Quitting » en anglais se traduit par « démission silencieuse » en français.

C’est quoi le Quiet Quitting ?

Le Quiet Quitting est un phénomène apparu sur le réseau social américain TikTok en 2022. Il rassemble des personnes (surtout des jeunes) qui décident de faire le strict minimum au travail et partagent leurs techniques en vidéo sur les réseaux. « C’est une manière nouvelle de désigner ce que l’on appelait autrefois « le désengagement professionnel » explique Emeric Lebreton. Concrètement, les adeptes du Quiet Quitting sont présents physiquement au travail, ils font leurs heures mais psychologiquement ne sont plus là. « Le salarié en fait le minimum, parce qu’il est épuisé, fatigué ou simplement parce qu’il ne veut plus se confronter aux difficultés et au stress de son emploi devenu peu épanouissant » poursuit notre interlocuteur. Il refuse ainsi les heures supplémentaires, d’être sollicité en dehors de ses horaires de travail ou d’assumer des responsabilités qui ne font pas partie de ses attributions.

Que cache le Quiet Quitting ?

Pour 54% des Français interrogés en octobre 2022 par l’Ifop, le travail est avant tout une contrainte plutôt qu’une source d’épanouissement (46%). En 30 ans, la proportion d’actifs français ayant le sentiment de donner plus qu’ils ne retirent de leur travail a quasiment doublé, passant de 25% en 1993 à 48% en 2022. « Le désengagement professionnel peut concerner tous les âges, des salariés fatigués, usés, démotivés, qui se mettent à réduire leur investissement dans l’entreprise pour se protéger ou parce qu’ils n’ont pas le courage ou l’opportunité de changer de travail » commente le psychologue.

« Les réseaux sociaux jouent ici un rôle antisocial »

En revanche, le désengagement des personnes jeunes qui démarrent a priori leur vie active -comme on le voit dans le Quiet Quitting- est plus étonnant. « En se filmant à ne rien faire au travail, ils participent à ce phénomène de mode et se sentent valorisés dans un comportement finalement antisocial. Les réseaux sociaux jouent ici ce rôle antisocial » décrypte Emeric Lebreton. Pour lui, « cela cache une certaine souffrance ». « Ces personnes n’arrivent pas à trouver leur place, un travail qui leur convient et une relation professionnelle épanouissante. Elles sont dans un schéma qui ne va pas mais répondent à ce mal-être en prenant le contre-pied, en disant qu’elles ont décidé d’agir de cette façon et non qu’on leur a imposé. » Autres raisons pouvant expliquer ce comportement :

la peur de se confronter aux responsabilités qu’impose le travail : « J’y vais parce que je n’ai pas le choix mais je m’engage au minimum pour me protéger comme quand j’étais encore à l’école et que je me mettais au fond de la classe pour éviter d’être interpellé par le professeur » illustre notre interlocuteur.

 la conviction que le travail ne peut pas être une source d’épanouissement « alors que ça existe vraiment » rappelle Emeric Lebreton.

 une défiance envers le monde de l’entreprise.

Le Quiet Quitting est-il néfaste pour le bien-être mental ?

Alors qu’il prône le fait de travailler moins pour se sentir mieux, le Quiet Quitting pourrait en réalité nuire au bien-être du salarié. « Derrière cette légèreté, la posture qui consiste à en faire le minimum n’est pas bénéfique pour la personne. Cela va générer des tensions dans l’entreprise, notamment avec les collègues qui, eux, travaillent et avec la hiérarchie. L’individu qui joue à ça se retrouve pendant ses 8 heures de travail dans ces tensions qui in fine créeront chez lui encore plus de mal-être et de repli sur soi«  souligne Emeric Lebreton avant de rappeler que « la qualité des relations avec l’entourage professionnel est déterminante dans l’épanouissement professionnel ». Autre dimension importante oubliée : l’altruisme. « Dans le Quiet Quitting, on a l’impression qu’il n’y a que soi en question, c’est une attitude assez égoïste car on travaille aussi pour les autres. On doit se demander « Comment je contribue à la société dans laquelle je vis ? Qu’est-ce que je peux y apporter ? » »

Comment retrouver de la motivation pour le travail ?

« Selon moi, les personnes qui pratiquent le Quiet Quitting n’ont pas trouvé leurs voies, elles sont dans un contexte professionnel qui n’a pas de sens pour elles, qui ne les stimulent pas. Cette situation peut changer. J’ai rencontré des personnes qui adoptaient le Quiet Quitting quand, tout d’un coup, elles ont changé de métier, d’entreprise ou de manager. Elles sont devenues passionnées par leur travail, ne comptent plus leurs heures et retrouvent le chemin du bien-être. C’est ce qu’on vise tous, in fine, non ? »

Merci à Emeric Lebreton, docteur en psychologie et fondateur d’Orientaction.

Source : Les Français et le Travail – 7 chiffres clés en 2022 (sondage IFOP), Les Makers, 20 octobre 2022


Source : JDF Santé