C'est quoi la fièvre hémorragique de Crimée-Congo (FHCC) ?

Qu’est-ce que la fièvre hémorragique de Crimée-Congo ? 

La fièvre hémorragique de Crimée-Congo est une maladie due à un arbovirus (Orthonairovirus) transmis par piqûre de tiques. Le virus a été identifié pour la première fois en Crimée en 1944 lorsque les troupes soviétiques ont réinvesti la péninsule après l’occupation par les Allemands. « Très vite, un syndrome fébrile avec hémorragie et choc hypovolémique a été observé au sein des troupes. Ainsi, 200 militaires ont été hospitalisés et 10 % d’entre eux sont décédés. Une délégation scientifique russe a alors investigué et identifié que la tique Hyalomma était à l’origine de cette maladie. D’où son premier nom, la fièvre hémorragique de Crimée« , explique Sandrine Lacour, chargée de projet en virologie à l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Les mêmes signes cliniques ont été observés dans le Congo belge où la maladie sévissait depuis plus de dix ans. Ce qui a permis, en 1969, de faire le lien avec la fièvre hémorragique de Crimée. D’où son nom aujourd’hui de fièvre hémorragique de Crimée-Congo. La fièvre hémorragique de Crimée-Congo est inscrite depuis 2015 sur la liste de l’OMS (Organisation Mondiale de la santé) des maladies infectieuses émergentes les plus importantes qui sont susceptibles de provoquer des épidémies majeures. « Elle est considérée aujourd’hui comme une maladie prioritaire à potentiel pandémique« , ajoute-t-elle.

Quelle est la cause ? 

TIQUE HYALOMMA
Photos de tique Hyalomma © Anses

La fièvre hémorragique de Crimée-Congo est provoquée par un virus transmis par les arthropodes que sont les tiques, principalement du genre Hyalomma. Il existe différents types de tiques. En France, la tique Ixodes ricinus est majoritaire et c’est elle qui transmet la borréliose ou maladie de Lyme et/ou le virus de l’encéphalite à tiques. « Aujourd’hui, les pistes épidémiologiques démontrent que cette tique majoritaire en France n’est pas compétente pour transmettre le virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo. En revanche, la tique Hyalomma a été observée en Corse et dans le bassin méditerranéen, et avec le réchauffement climatique, sa répartition géographique risque de s’agrandir« , insiste-t-elle.

Quels sont les symptômes de la fièvre hémorragique ? 

La fièvre hémorragique s’observe à travers différents symptômes : une fièvre brutale qui s’accompagne d’un syndrome fébrile avec hémorragies qui peut entraîner la mort : « On observe 10-30 % de mortalité pour les personnes développant ce syndrome« . Ces symptômes apparaissent sous 4 phases : 
► la phase d’incubation du virus ;
► la phase pré-hémorragique (2-7 jours après l’incubation) avec l’apparition d’une fièvre et d’un syndrome pseudo-grippal ; il peut y avoir des douleurs abdominales accompagnées de vomissements et de diarrhée non sanglante ;
► la phase hémorragique (2-3 jours après les premiers symptômes) avec des pétéchies et des ecchymoses (plaques rouges) et des sites de saignement au niveau nasal, gingival, conjonctival, digestif, respiratoire, utérin et urinaire. « Cette phase peut se conclure par une hémorragie incontrôlable et entraîner la défaillance des organes » ;
► et selon la résistance du patient, la phase de convalescence : il faut compter 20 jours entre le début des symptômes et la guérison. « On peut observer des désagréments de l’ordre de bradycardie, tachycardie, diminution de l’audition, troubles de la mémoire et perte de cheveux pendant 1 an ».

Comment se transmet-elle ? Contagieuse ? 

La transmission du virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo peut se faire par deux modes par : 

  • piqûre de la tique Hyalomma porteuse du virus ;
  • contact avec des fluides biologiques et tissus contaminés provenant soit des animaux, soit des humains.

« Il y a en effet des cas d’infections nosocomiales qui sont rapportés avec notamment des soignants qui n’avaient alors pas pris de précautions particulières (port d’équipements de protection individuelle : gants, sur-blouse, masque) et qui se sont donc retrouvés contaminés au contact des malades. Et cela a été l’origine d’un des deux premiers cas en Espagne« , précise Sandrine Lacour.
On estime que 80 % des personnes contaminées par le virus ne développeront pas de symptômes cliniques de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo ou développeront des signes non spécifiques de la maladie.

Quel est le temps d’incubation ? 

Le temps d’incubation selon le mode d’inoculation est de 2-7 jours quand le virus est transmis par piqûre de tique et de 5-7 jours par contact avec des fluides biologiques ou tissus contaminés.

Dans quels pays peut-on l’attraper ? 

Le virus causant la fièvre hémorragique de Crimée-Congo est présent en Asie, Afrique, Balkans, Moyen-Orient. « On a observé depuis 2002 de nombreux cas en Turquie avec un pic en 2008-2009 avec plus de 1 000 cas. Aujourd’hui, cela est en déclinaison. On sait également que le virus est en Espagne. Il a été détecté une première fois sur une tique en 2010 et les premiers cas humains ont été observés en 2016. Le bassin méditerranéen fait l’objet d’une surveillance accrue« , note-t-elle.

Est-elle présente en France ? 

Le virus n’est pas présent en France. Cependant, il y a sur le territoire une très importante surveillance, notamment en Corse où la tique Hyalomma est présente. 

Quel est le traitement de la FHCC ? Y a-t-il un vaccin contre la FHCC ?

Il n’existe à ce jour aucun traitement antiviral, ni de vaccin pour la FHCC. « Ce sont les symptômes de la maladie que l’on soigne. Par ailleurs, des équipes dans le monde travaillent à trouver des thérapies et des vaccins« . Le meilleur moyen aujourd’hui de se protéger est d’appliquer les mesures suivantes : porter des vêtements longs et clairs lors de promenades que ce soit en forêt ou ailleurs : « La tique se verra mieux sur des vêtements clairs » ; s’inspecter et se faire inspecter au retour : « La tique peut se loger au niveau des creux, des plis ainsi que du cuir chevelu« .

Merci à Sandrine Lacour, chargée de projet en virologie à l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), Maisons-Alfort.


Source : JDF Santé