BPCO : symptômes, stades, quelle espérance de vie ?

La bronchopneumopathie chronique obstructive ou BPCO est une maladie chronique inflammatoire des bronches qui est dans 85% attribuable au tabagisme (actif ou passif). Dans les autres cas, elle est causée par une exposition prolongée à des produits toxiques ou à la pollution de l’air. Il existe plusieurs stades d’évolution de la maladie en fonction de la gravité (symptômes, complications…). Quels sont ses symptômes d’alerte ? Ses causes ? Comment faire le diagnostic ? Quels sont les meilleurs traitements pour la soigner ? Quelle espérance de vie ? Eclairage. 

Quelle est la définition de la BPCO ?

La Broncho-Pneumopathie Chronique Obstructive, aussi connue sous le nom de BPCO, est une maladie respiratoire chronique très fréquente. Elle est responsable de nombreux décès chaque année en France et d’une dégradation des conditions de vie des patients atteints. La broncho-pneumopathie chronique obstructive entraîne une inflammation chronique des bronches et des difficultés à respirer. Elle est évitable car causée dans près de neuf cas sur dix par la consommation de tabac, mais elle peut aussi concerner certaines personnes qui travaillent ou vivent dans un lieu très exposé aux fumées ou à certaines pollutions. La prise en charge de la broncho-pneumopathie chronique obstructive implique de nombreux traitements médicaux et paramédicaux. « Bien que par définition l’obstruction des bronches dans cette maladie ne soit pas totalement réversible, la prise en charge permet de diminuer le handicap respiratoire et global ressenti par les personnes touchées par la BPCO », explique le Dr Gilles Jebrak, pneumologue à l’hôpital Bichat.

Comment évolue une BPCO ?

« Pendant longtemps, on a classé la BPCO en fonction de la gravité de l’obstruction des bronches, mesurée par un test appelé Epreuve Fonctionnelle Respiratoire (EFR en abrégé). On distingue alors 4 stades de gravité de l’obstruction bronchique allant de la forme légère (stade 1) à la forme très sévère (stade 4). Mais il existe d’autres critères de sévérité tels que la fréquence des épisodes d’exacerbations, et le degré d’essoufflement ressenti », détaille le pneumologue.

BPCO poumon bronchite chronique
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Quelles sont les causes de la BPCO ?

► La principale cause de la bronchite chronique est le tabac. Le tabac est responsable de plus de 85% des BPCO. Ce risque augmente avec le nombre d’années de tabagisme mais également avec la quantité de cigarettes fumées chaque jour. 

► Le cannabis, de plus en plus consommé, notamment chez les jeunes, représente également un facteur de risque important d’une BPCO. L’arrêt de l’exposition aux toxiques inhalés, dont le tabac, demeure la première attitude thérapeutique pour se donner toutes les chances d’éviter la progression de la maladie vers une insuffisance respiratoire.

► L’exposition à des polluants présents dans certains environnements notamment professionnels représente des facteurs de risque de la BPCO. La pollution domestique provoquée le monoxyde d’azote, le dioxyde d’azote émis par les cuisinières à gaz, les chauffe-eau, les poêles à gaz, les cheminées, les radiateurs et la fumée de tabac représente un facteur de risque non négligeable. Le dioxyde de souffre provenant de la combustion du charbon et du fioul représente un autre facteur de risque.

► La pollution atmosphérique provoquée par le trafic routier et les industries représente un facteur de risque non négligeable de BPCO. L’apparition d’infections bronchiques dans l’enfance peuvent également favoriser l’apparition et la progression de la BPCO, notamment si elles surviennent précocement. Certaines études soulignent l’existence de gènes prédisposant à l’apparition d’une BPCO. 

Quels sont les facteurs de risque de la BPCO ?

« Les personnes les plus touchées sont les personnes de plus de 45 ans et la prévalence de la BPCO augmente au-delà de cet âge », explique le spécialiste. En France, le nombre des femmes atteintes augmente régulièrement en raison de l’augmentation du nombre de fumeuses et devrait rejoindre le nombre d’hommes touchés par cette maladie. Les populations socialement défavorisées sont plus touchées par cette pathologie. Les raisons sont nombreuses : difficultés d’accès aux soins, tabagisme, conditions de travail exposant à des polluants professionnels, malnutrition…. 

Quels sont les symptômes de la BPCO ?

Les premiers symptômes sont banals, comme un essoufflement survenant au cours d’un effort ou une toux grasse accompagnée de crachats, du fait de l’hypersécrétion muqueuse secondaire à l’inflammation bronchique. « On parle de bronchite chronique lorsqu’il existe une toux productive quotidienne, pendant au moins 3 mois consécutifs et deux années de suite, sans autre maladie respiratoire pouvant expliquer ces symptômes Mais pour parler de BPCO, il faut démontrer qu’il existe une obstruction chronique des bronches, donc disposer d’une mesure de la fonction respiratoire », décrit le pneumologue.

2/3 des malades ignorent leur pathologie.

Quand consulter en cas de BPCO ?

Il faut consulter un médecin dès l’apparition des premières manifestations afin d’éviter l’apparition de complications : essoufflement pour des efforts ne gênant pas les personnes ayant le même âge et la même condition physique, toux fréquente, survenant plusieurs fois par jour, plusieurs mois par an, nécessité de cracher souvent. Les premières manifestations de la bronchite chronique sont rarement inquiétantes, n’incitant pas à consulter. Or, ces symptômes, modérés au début de la maladie, s’aggravent sournoisement au cours des années. Près de 75% des patients ayant une BPCO ne sont pas diagnostiqués. 2/3 des malades ignorent leur pathologie et 50% des malades ne sont pas pris en charge correctement.

Comment se détecte une BPCO ?

Parce que la broncho-pneumopathie chronique obstructive est une maladie mal connue, son diagnostic est souvent tardif. C’est généralement la persistance d’une toux ou un essoufflement qui amène un patient fumeur à consulter. Pour diagnostiquer une éventuelle BPCO, le médecin procède à un interrogatoire médical en quantifiant notamment la quantité et la durée d’exposition au tabac, puis à un examen clinique. Il peut prescrire des examens complémentaires tels que :

  • l’exploration fonctionnelle respiratoire (EFR) pour évaluer les volumes pulmonaires, et les débits dans les bronches. Elle permet de confirmer le diagnostic de la BPCO et d’évaluer la sévérité de l’obstruction des bronches. Cet examen indolore nécessite un appareillage particulier : il suffit de souffler dans un embout relié à un ordinateur. L’EFR est remboursé par la caisse d’assurance maladie. 

► un test fait dans les suites de cette EFR qui permet de voir l’amélioration de l’obstruction des bronches après utilisation d’un médicament bronchodilatateur : cette obstruction est très peu réversible dans cette pathologie ;

► une prise de sang avec analyse des gaz du sang qui permet de mesurer notamment le taux d’oxygène et de gaz carbonique dans le sang. La mesure des gaz du sang, effectuée à l’aide d’une prise de sang dans une artère, permet d’évaluer le retentissement de la BPCO sur les capacités d’échange entre oxygène et gaz carbonique. « Dans les formes évoluées de la BPCO, le taux d’oxygène diminue, et dans les formes les plus graves le taux de gaz carbonique augmente, car l’obstruction des petites bronches empêche l’entrée de l’oxygène de l’atmosphère jusqu’aux alvéoles, voire l’évacuation du gaz carbonique vers l’extérieur », souligne le Dr Jebrak.

► une radiographie des poumons (l’examen peut être normal malgré la présence d’une BPCO. Seul l’examen du souffle, l’EFR, permet le diagnostic). 

► parfois, un test qui évalue le rôle respectif de l’atteinte respiratoire, du retentissement cardiaque et de l’impact sur la fonction musculaire.

Il est indispensable de rechercher une BPCO chez une personne tabagique présentant une toux chronique accompagnée ou non de crachats. Le sous-diagnostic de la BPCO est très important car cette pathologie débute le plus souvent par des manifestations banales, comme la toux et l’expectoration. Ces manifestations peuvent évoluer lentement et sournoisement pendant plusieurs années avant que le malade se sente réellement gêné. L’arrêt du tabac demeure le première des mesures à adopter.

    Quels sont les traitements de la BPCO ?

    S’il est impossible de faire disparaître totalement l’obstruction des bronches dans la BPCO, il existe de nombreux traitements qui améliorent le quotidien des patients. Lorsque la BPCO est diagnostiquée précocement, il devient possible de mettre en route un traitement adapté afin de limiter l’impact de la maladie. Bien entendu, l’arrêt de l’intoxication tabagique et de toute exposition à des toxiques inhalés est impératif. C’est le premier traitement. « Il faut ensuite insister sur l’importance de lutter contre la sédentarité, et il faut encourager les personnes atteintes de BPCO à maintenir une activité physique, voire leur proposer la réhabilitation respiratoire. Le maintien d’une bonne hygiène de vie est indispensable », rapporte le spécialiste. La prévention des infections respiratoires est impérative avec la réalisation systématique de certains vaccins. Les vaccinations annuelles contre la grippe, et celle (non annuelle) contre le pneumocoque permettent d’éviter certaines exacerbations. « Pour éviter les effets indésirables, les médicaments sont proposés par voie inhalée, ce qui impose d’apprendre à bien utiliser le dispositif qui permet leur inhalation », recommande le Dr Gilles Jebrak. Les médicaments peuvent être utilisés seuls ou en association dans les aérosols doseurs, les inhalateurs de poudre ou lors de nébulisations. Parmi les médicaments, « des corticoïdes aux propriétés anti inflammatoires pour lutter contre l’inflammation des bronches, mais dans la BPCO cette inflammation n’est pas aussi sensible que celle qui est observé dans l’asthme. Ainsi leur intérêt est discuté dans cette maladie », souligne le spécialiste; des traitements permettant de dilater les bronches, les broncho-dilatateurs. Il existe deux types de bronchodilatateurs inhalés : les béta mimétiques et les bronchodilatateurs anticholinergiques. Ils agissent en dilatant les muscles lisses situés autour des bronches. Aux stades avancés, selon les taux d’oxygène et de gaz carbonique mesurés par les gaz du sang le recours à une oxygénothérapie ou à une assistance ventilatoire peut être discuté avec le pneumologue. En cas d’infection respiratoire, l’antibiothérapie est indiquée, même pour une simple bronchite sans pneumonie.

    Quelles sont les complications d’une BPCO ?

    Il existe trois types de complications au cours de la BPCO comme le détaille le pneumologue :

    ► L’évolution vers l’insuffisance respiratoire chronique du fait de l’impossibilité qu’ont les poumons malades à assumer leur rôle prioritaire, celui d’apporter de l’oxygène aux vaisseaux pulmonaires. C’est à ce stade que le médecin peut prescrire de l’oxygène de façon prolongée. La destruction du tissu pulmonaire amène à l’apparition d’emphysème, lésion irréversible et très handicapante, où le poumon perd son élasticité.

    ► Des épisodes d’aggravation brutale de l’inflammation bronchique, appelés exacerbations, souvent déclenchés par une infection respiratoire ou l’exposition à la pollution. Ils peuvent être responsables d’une insuffisance respiratoire aiguë parfois mortelle.

    ► L’apparition d’autres maladies, en particulier cardio-vasculaires, ostéo-musculaires et psychiatriques, car l’inflammation de l’appareil respiratoire a des conséquences sur l’ensemble de l’organisme. Ces maladies participent au handicap, voire à la mortalité de la BPCO.

    Quelle est l’espérance de vie avec une BPCO ?

    Les progrès thérapeutiques et le développement de la prise en charge ont considérablement augmenté l’espérance de vie. Mais la BPCO représente 3% des décès en France. D’ici 2030, elle pourrait être la 4ème cause de mortalité dans le pays comme le rapporte l’Association Santé Respiratoire.

    Merci au Dr Gilles Jebrak, pneumologue à l’hôpital Bichat.


    Source : JDF Santé