Arrêt cardiaque du sportif : quelles sont les causes ?

Footballeur, rugbyman, basketteur, nageur… 2000 à 3000 sportifs de haut niveau feraient un arrêt cardiaque chaque année en France sur 50 000 arrêts au total. 500 en décèdent selon la Fédération Française de Cardiologie, parfois devant les caméras. Le 12 juin 2021, le joueur danois Christian Eriksen est victime d’un malaise cardiaque pendant l’Euro de football. Il s’effondre en plein match et est évacué en civière. Il se réveillera quelques heures plus tard à l’hôpital, sauvé. L’arrêt cardiaque peut arriver chez les hommes comme chez les femmes. Ses causes diffèrent néanmoins selon l’âge du sportif. Explications avec le Pr Jacques Mansourati, cardiologue et rythmologue, membre de la Fédération Française de Cardiologie.

Le joueur danois Joakim Maehle debout à côté de Christian Eriksen évanoui au sol lors de l'Euro 2021, Samedi 12 juin 2021.
Le joueur danois Joakim Maehle debout à côté de Christian Eriksen évanoui au sol lors de l’Euro 2021, Samedi 12 juin 2021. © Martin Meissner/AP/SIPA (publiée le 29/11/2022)

Qu’est-ce que la mort subite du sportif ?

La « mort subite du sportif » désigne le décès brutal d’un sportif de haut niveau pendant sa pratique, souvent lors d’une compétition. On parle parfois de « crise cardiaque » du sportif mais « cela ne veut rien dire » précise d’emblée le Pr Mansourati. « C’est un terme employé par le public, souvent pour pour parler de l’infarctus mais, médicalement, c’est trop vague. Il peut s’agir d’un infarctus du myocarde, d’un malaise cardiaque ou d’une insuffisance cardiaque brutale. Il peut s’agir aussi de l’arrêt cardiaque (correspondant à l’arrêt de la circulation à partir du cœur, ndlr) que l’on peut observer chez le sportif de haut niveau qui s’écroule sur le terrain » poursuit le spécialiste. Comme le cœur n’envoie pas suffisamment de sang pour oxygéner le cerveau, le sportif perd connaissance puis la respiration s’arrête.

Quelles sont les causes de l’arrêt cardiaque chez le sportif ?

Les causes diffèrent selon l’âge du sportif de haut niveau. 

Chez le sportif jeune, de moins de 35 ans, « l’arrêt cardiaque peut être lié à une ou des malformation(s) cardiaque(s) congénitale(s) ou à des maladies héréditaires pas nécessairement connues. Parmi ces maladies transmises en famille, certaines peuvent toucher le muscle cardiaque comme la cardiomyopathie, en particulier la cardiomyopathie hypertrophique généralement en cause dans les arrêts vus sur le terrain, la cardiomyopathie dilatée ou encore la dysplasie du ventricule droit arythmogène (DAVD) ; d’autres touchent les canaux ioniques situés au niveau de la membrane de la cellule musculaire cardiaque qui peuvent entraîner aussi des troubles du rythme cardiaque comme les canalopathies » explique le Pr Mansourati.

Chez le sportif plus âgé, « après 35 ans, les problèmes coronaires, comme l’infarctus du myocarde, sont la première cause d’arrêt cardiaque sur le terrain, poursuit notre interlocuteur. L’artère coronaire se bouche, le myocarde souffre et il se nécrose si on ne débouche pas rapidement l’artère coronaire, ce qui peut entraîner une fibrillation ventriculaire et l’arrêt cardiaque ».

Comment expliquer la survenue de l’arrêt cardiaque sur le terrain ?

« Lors de la compétition il y a un effort intense sur quelques minutes et, surtout, le sportif est dans une situation de stress intense car il faut ‘gagner' » rappelle le cardiologue. Cet excès de stress entraîne la production de catécholamines dans le sang. Le joueur se retrouve alors dans une situation « catécholergique ». « Ces catécholamines peuvent être arythmogènes c’est-à-dire provoquer des arythmies. Si le patient a déjà une anomalie cardiaque, ça peut dégénérer en fibrillation ventriculaire car il pousse loin ses performances. La fibrillation ventriculaire entraîne l’arrêt cardiaque » explique notre interlocuteur.

Y a-t-il des signes avant-coureurs de l’arrêt cardiaque ?

« Quand il y a une anomalie cardiaque génétique, il n’y a pas de symptômes avant-coureurs nécessairement, répond le Pr Mansourati. C’est à l’occasion d’un effort violent comme en compétition que cela peut entraîner des troubles du rythme ventriculaire. Vous voyez brutalement le joueur tomber dans le stade comme on a pu le voir lors de matchs de foot. » Si la cause de l’arrêt cardiaque est un infarctus, le sportif peut ressentir une douleur thoracique prolongée irradiant dans le bras, une sensation d’oppression, d’écrasement au niveau de la poitrine. Chez la femme, les signes de l’infarctus peuvent différer, il ne faut pas les négliger.

Que faire en cas d’arrêt cardiaque sur le terrain ?

« Il faut tout de suite masser et utiliser le défibrillateur, répond le Pr Mansourati. Les terrains de sport doivent être équipés de défibrillateurs disponibles immédiatement et pas sous clé. Chaque minute qui passe c’est 10% de survie en moins. » Lors d’une grande compétition sportive, des médecins sont généralement présents de même que La Croix-Rouge. 

Comment prévenir l’arrêt cardiaque du sportif ?

Les sportifs de haut niveau sont suivis régulièrement par des médecins et des cardiologues du sport. « L’électrocardiogramme et le bilan cardiologique comprenant notamment un test d’effort sont obligatoires chez le sportif de haut niveau de façon régulière. Si une anomalie est détectée, une échographie cardiaque ou d’autres examens pourront être prescrits pour vérifier l’état du myocarde ou pour rechercher une anomalie responsable de troubles du rythme. Une anomalie cardiaque confirmée contre-indique le sport en compétition » indique le Pr Mansourati. L’hygiène de vie est bien sûr déterminante pour la santé du cœur. Les sportifs de haut niveau le savent et veillent à avoir une alimentation équilibrée. En revanche, il est aussi important de ne pas fumer. « Le sportif peut avoir des spasmes au niveau des coronaires quand il fume. En cas d’effort intense, si l’artère se spasme pendant plusieurs minutes cela peut entraîner un infarctus » prévient le cardiologue.

Merci au Pr Jacques Mansourati, cardiologue et rythmologue, membre de la Fédération Française de Cardiologie.


Source : JDF Santé